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Pour une raison pas totalement éclaircie
... il y a eu depuis au moins le 16è siècle une émigration
significative (temporaire et définitive) d'habitants de la Haute-Auvergne
(Cantal) vers l'Espagne et en particulier dans la région de la Castille.
Témoignages sur ce thème.
Cantal vers Espagne
des boulangers, chaudronniers, marchands (de Bestiaux et drapiers)
Témoignages variés par zone
d'implantation
Surtout en Castille (autour de Madrid)
Vers l'Espagne depuis l'Aveyron ou depuis la Corrèze
Projet de voyage du Cantal en Castille
Bibliographie spéciale émigration (autre page du site)
Emigration vers d'autres régions et pays (autre page du site)
La Compagnie de Chinchon
http://aprogemere.free.fr/article_chinchon_01.htm
Les chaudronniers cantaliens ou les GARCELON en Aragon
http://garcelon.free.fr/chaudronnier.htm

En 1866 , 302 Cantaliens sont boulangers à Madrid

Traduction "Je travaille depuis plusieurs annees sur un courant migratoire
auvergnat qui se dirige vers le sud de l'Aragon aux 17 et 18 eme siecles, et
provenant des villages d'Ally, Chaussenat, Saint-Martin-Cantales (sic), Barriac,
Escorailles, Fontanges, Meallet, Pleaux, Aurillac et Saint-Flour. Il me plairait
que vous m'informiez des travaux de recherche existant sur les chaudronniers
auvergnats, et d'etre assez aimables pour m' indiquer les moyens de me les procurer.
Il me plairait egalement d'etre en contact avec une personne interessee par
le sujet, quoique je doive vous dire ne lire le francais que moyennement."
Téléchargement
du document - Word - 99 Ko (en langue espagnol)
Emilio Benedicto Gimeno - benedictogimeno [at] yahoo.es - contact suite à
une visite du site
en espagnol - circulation des marchandises - en espagnol_références
en français_réseaux_migratoires
Suite au recensement effectué en 1495 à Canizar del Olivar (Teruel,
Aragon), je trouve un : Mosen Johan Brayat (Curé).
Ce Brayat est le seul dans l'ensemble du recensement d'Aragon. J'ignore l'origine
exacte de Johan Brayat.
Message de José Maria Alloza Salgado [josemariaalloza chez yahoo es]
décembre 2005
Complément de José Maria Alloza Salgado
Les relations du Royaume d'Aragon avec le Massif Central et le Midi son très
anciennes et il n'est pas étonnant de retrouver des "Cantalous"
dans les parages. Cependant, trouver un "Français" exerçant
comme curé dans un village, je pense que cela ne devait pas être
très usuel. Que plus est, Canizar est un tout petit village (28 feux
en 1495) qui faisait partie de la Baronie de Estercuel ; Familles Atrosillo
et plus tard Bardaji. C'est une particularité car dans la zone -qui a
été pendant longtemps frontière avec la zone musulmane-
les fiefs relevaient plutot des ordres militaires :Calatrava, Temple, Hôpital
et a l'époque (fin du moyen age) le peuplement était encore marqué
par le caractère militaire de son origine. Une piste a prendre en compte
est que sur les terres de la Baronie existe depuis le XIII S., par concesion
du Seigneur, un monastere de l'Odre des Mercedaires mais j'ignore s'il y avait
des moines autres que Espagnols dans cet ordre.
Réponse de Jean-Louis Dega
Le patronyme BRAYAT vient sans doute du nom de lieu BRAYAT situé commune
de Boisset dans le Cantal (15).
L'origine du nom de lieu est sans doute BRAGAT, avec évolution classique
du G en Y, nom issu d'une racine préceltique passée au gaulois
"bracc-, brag-" signifiant marais, marécage, terrain boueux.
Quant à la présence d'une famille BRAYAT dans la province de Teruel,
il ne faut pas s'en etonner car cette région a été reconquise
vers 1175 sur les Arabes par le roi Alphonse II d'Aragon qui a sans doute fait
appel pour la repeupler, lui ou ses successeurs, à des occitans. Or Alphonse
II d'Aragon , roi d'Aragon par sa mère Petronille d'Aragon, etait par
son père vicomte de Carlat (15) puisqu'il etait le petit-fils de Douce
de Provence (X Raymond- Berenger III comte de Barcelone) qui avait hérité
de sa mère le comté de Provence et de son père Gilbert
les vicomtés de Carlat, Millau, Lodève et Gevaudan. Les rois d'Aragon
ont dû largement faire appel à des familles de paysans des régions
montagneuses de leurs possessions occitanes, regions traditionnellement excedentaires
sur le plan démographique, pour repeupler les territoires conquis au
sud de l'Aragon, deficitaires eux sur le plan démographique. Ces BRAYAT
ayant émigré dans la province de Teruel provenaient donc probablement
de la vicomté de Carlat ou de paroisses proches en Haute-Auvergne, comme
celles que vous indiquez dans la Chataigneraie. L'emigration peut dater du dernier
quart du XIIeme siècle ou du XIIIeme siècle.
Réponse de Renaud Anzieu :
1 - Geneanet donne BRAYAT en Chataigneraie du Cantal jusqu'au 17è siècle
et la carte des noms de famille donne ce patronyme dans le Cantal
2 - Un seul lieu-dit en France nommé Brayat (selon Gencom), commune de
BOISSET, dans la Chataigneraie du Cantal (justement une zone d'émigration
connue vers l'Espagne)
3 - Emigration de cantalous de la Chataigneraie vers l'Espagne.
dont au 17 et 18 dans le sud de l'Aragon selon étude de Emilio Benedicto
Gimeno
(Comunauté de Valence - uu sud de Valence en bord de mer)
25/06/1883 Drugeac. Joseph Denys SEVESTRE o 18/02/1859 Gandia (Espagne)
Marchand de Chevaux épouse Françoise Marie Ernestine BONY.
Joseph Jacques CHASSAN ° en 1719 à Barriac les Bosquets (Cantal
France), fils de CHASSAN Etienne et de JAQUET Anne s'est marié le 28
juillet 1751 à Tarbena (Alicante) avec RIPOLL Francisca Maria.
Descendance en Espagne jusqu'aux arrières grand-parents de Richard MAS
: rickyjeanmi chez yahoo en france

Vu sur http://perso.wanadoo.fr/crandelles/histoire.html
La petite commune de Crandelles s'enorgueillit d'avoir été le berceau de la célèbre "compagnie de Chinchon". Fondée au XIIIe siècle par des émigrants Crandellois. Lors du courant d'émigration des Auvergnats vers l'Espagne elle fut l'un des plus beaux exemples de l'esprit d'initiative qui les caractérise.
Plus de quatre cents Cantaliens (pour la plupart originaires de Crandelles) faisaient partie de la société de Chinchon au XIIIe siècle. Cette société était régie par quatre chefs dont la parole valait les meilleurs contrats. Pour en faire partie il fallait avoir 16 ans et miser 4 000 francs , ensuite chaque sociétaire percevait une part des bénéfices qui croissait tous les 4 ans. La vie était pénible pour le Cantalien qui battait l'âpre campagne espagnole. Chacun devait garder intactes les traditions du terroir : quiconque se mariait en Espagne, avait une mauvaise conduite ou jouait, était exclu.
La société ne cessa de prospérer jusqu'a la fin du XIIIème siècle. Les différentes guerres qui opposèrent alors la France et l'Espagne entraînèrent la disparition de la puissante compagnie de Chinchon.
Toutefois les cantaliens ont continué d'émigrer vers l'Espagne et d'y prospérer. Quels métiers exerçaient les "Espagnols" (ainsi qu'on les appelait) au XIXème siècle ? Ils vendaient du drap, de la mercerie, des mulets, étaient chineurs, tenaient des buvettes, des boulangeries...
Cette intense activité commerciale avec l'Espagne a eu un retentissement sur Crandelles et sa population :
Élisée Reclus écrivait en 1885 : "les paysans d'Ytrac et de Crandelles sont ceux qui se rendent en plus grand nombre de l'autre côté des Pyrénées ; on dit qu'ils se distinguent des autres habitants de la Haute Auvergne, non seulement par leur costume, presque Catalan, mais aussi par la vivacité de la physionomie, l'éclat du langage et la richesse de l'imagination ; leurs femmes et leurs filles ont aussi quelque chose d'Espagnol dans les traits, le vêtement et la parure..."
Henri Durif ajoutait : " La population de cette contrée émigre en Espagne. Les femmes s'en ressentent, car nulle part en Auvergne elles ne sont plus brunes ni plus originalement parées..."


Vers 1820, 900 Corrèziens séjournaient à Cadix; si certains y ont fait souche, la plupart revenait au pays pour se marier. Deux temoins venaient confirmer lors de la cérémonie que l'intéressé n'avait pas convolé de l'autre côté des Pyrénées. Ils étaient issus de campagnes pauvres et tentaient de faire fortune en Espagne, ce qui fut souvent le cas, avant de revenir au pays, . Il est donc vraisemblable que des Aveyronnais aient suivis la même voie pour les même raisons. F. cayre fcayre2@wanadoo.fr

"But : retrouver les lieux témoignant de cette
émigration, sur au moins trois siècles, que chacun connait,
mais aussi de rencontrer des familles d'origine cantalienne, ayant fait souche
en Espagne, à la suite de cette expatriation, et éventuellement
renouer des liens généalogiques.
Nous recherchons pour cela, toutes personnes et familles d'origine cantalienne,
ayant fait souche en Castille, ou qui pourraient nous orienter et nous mettre
en contact avec celles-ci.
Si vous avez des informations ou des adresses à nous communiquer, voire
éventuellement, si ce voyage vous intéresse, nous vous remercions
de bien vouloir nous le faire savoir à mon adresse de messagerie."
Marcel Andrieu (voir l'Association Aprogemere)
Témoignage de Dominique Rougier :
"Au mois de novembre 2003, l'association APROGEMERE a organisé
avec l'université inter-âges du Cantal un voyage en Espagne à
la rencontre des familles auvergnates ayant fait souche à Barcelone
ou à Madrid.
Nous avons donc rencontré les descendants des familles Vermenouze,
RATIE, CARRIERE, Clamagirand, Nozière, etc... et deux associations
de généalogie locales, dont une, Vicus Albus a relevé
tous les auvergnats de Vicalvaro, et a permis à l'une des participantes
au voyage (qui était venue avec ses notes) de retrouver deux cousines
qu'elle croyait décédées (recherches menées en
24 heures) et ces cousines s'appellent .... BEX.!!! et il y en a plusieurs
dans l'annuaire télèphonique de Madrid. C'est un patronyme très
répandu dans le bassin d'Aurillac, plusieurs fois cité dans
le livre de Rose Duroux ."

Extrait d'une synthèse d'études faites sur le sujet par l'Association Aprogemere de Marcel Andrieu.
L'idée répandue que l'émigration était dû au fait que la Châtaigneraie ne nourrisait pas ses hommes et que les cantaliens sont partis voir ailleurs est sans doute fausse. Si ce fut surement vrai pour l'émigration récente à Paris, ce fut très différent pour l'Espagne. Les émigrants en Espagne étaient peu de la Châtaigneraie, mais plutôt de bassins plus favorisés. Les auvergnats entreprenant étaient attentifs à toutes possibilités de gagner de l'argent.
"Crandelles, "berceau de la Compagnie de Chinchon" : selon une opinion généralement accréditée, ce serait le fameux pèlerinage de St Jacques de Compostelle qui attira les cantaliens vers l'Espagne. Une des grandes voies conduisant au sanctuaire, passait en effet par la capitale de la Haute Auvergne. Les pèlerins venus surtout du Puy où ils avaient sollicité la Vierge Noire, arrivaient par le col de Cabre à Aurillac, où les restes vénérés de St Géraud et de sa mère Adeltrude faisaient des prodiges ; puis ils allaient s'incliner à Conques devant les reliques de Ste Foy ; certains cheminaient vers Toulouse où étaient celles de St Sernin, en traversant Maurs et Figeac.
Il est probable que les pèlerins furent suivis par des marchands d'Aurillac, gens audacieux qui ne craignaient pas les voyages à l'étranger. Certains, avant de retourner dans leurs montagnes natales, durent essayer de faire du négoce en Espagne. L'impulsion donnée au commerce par les pèlerinages, fut accrue par les relations politiques existant entre le Carladez et l'Aragon. C'est une hypothèse soutenue par plusieurs auteurs
Pour d'autres, l'émigration vers l'Espagne dérive tout simplement de mouvements migratoires existant vers le Midi, favorisés par la similitude de langue et de mours. Il est d'ailleurs souligné que les relations entre l'Espagne et la Haute Auvergne sont antérieures à la vogue des pèlerinages vers St Jacques de Compostelle.. On peut alors penser que ces mouvements d'émigration et ceux des pèlerinages se seraient favorisé mutuellement.
Cette émigration fut fort active au XVIII siècle et la haute Auvergne s'enrichit alors par le nombre considérable de ses habitants qui en sortaient tous les ans pour accomplir les ouvrages que les espagnols n'avaient pas coutume de faire. Par ses apports financiers, l'âge d'or de l'émigration cantalienne commence. C'est la constitution, pour une longue prospérité , des deux grandes Sociétés commerciales de Chinchon et de Navalcarneros"
Dans "Visages de l'Auvergne" (page 24) de 1949 (par Henri Pourrat,
Lucien Gachon, André Bossuat, Henri Charlier et Alexandre Vialatte)
:
Au sujet de la Châtaigneraie. Elle fait partie des cantons les plus
défavorisés (avec le Livradois, Forez, Combraille, Artense),
point trop haut, ni trop uniformes, ni trop accidentés non plus. Jusqu'au
19° siècle ces régions ont porté jusqu'à 120
humains au kilomètre carré, soit plus que les plus fertiles
plaines du Bassin Parisien !
"Ces humains, comment les nourrir? Ils étaient prolifiques et
ils étaient vaillants. Ils ont épuisés les réserves
du sol en bonne terre et en humidité. Il ont émigré,
ou bien ils se sont ingéniés l'hiver à des ouvrages.
Autant que de paysans, le Livradois et la Châtaigneraie étaient,
voilà 200 ans (250 ans maintenant), des pays de tisserands à
domiciles. Dans ces pays pauvres et purs, il y a donc eu une période
de survitalité. Mais quel tristesse de lui voir succéder la
inverse de sous-vitalité !"
Commentaire de Marie Bardet - décembre 2003
Les causes de l'émigration auvergnate ne sont pas totalement inconnues.
Ainsi la famille du félibre vermenouze, qui n'était pas une
famille de nécessiteux mais de marchands, originaire d'Ytrac envoyait
traditionnellement ses fils en espagne, lui meme y est allé également.
Quant aux filles, il faut se souvenir que cette émigration n'était
pas définitive car ce n'était pas le but cherché (sauf
exeption, il y en a ... mais peu par rapport à l'envergure du phénomène)
et que les garçons revenaient au pays pour s'y marier et que les hommes
mariés qui partaient grace à des réseaux très
bien constitués, passaient devant le notaire pour mettre entre les
mains de leurs épouses la marche des affaires et de la famille en Auvergne.
On a ainsi des procurations dès le XVIè siècle (vers
1600, un marchand de Yolet près d'Aurillac). Ainsi l'émigration
était rendue possible aussi parce que les femmes restaient au pays
pour veiller aux affaires !
Tout était bien organisé.
J'attire aussi l'attention pour signaler que l'Espagne n'était pas
la seule destination des Auvergnats, les registres paroissiaux de St Cirgues
de Jordanne sont à cet égard révélateurs !
L'émigration de l'Ancien régime n'est en fait effectivement
pas une émigration de la misère mais causée par le besoin
de numéraire qu'on allait chercher à l'extérieur depuis
bien longtemps. Il y a à ce sujet une correspondance interessante des
Intendants qui se desespèrent de ces départs et qui ont essayé
un moment de les interdire par édit mais ils ont du reculer.
J'ai aussi un exemple (un seul!) d'un espagnol qui s'est installé dans
le Cantal au XIXè siècle !
Les grands flux migratoires auvergnats pour l'Espagne ne se situent pas en
pleine Chataigneraie mais touchent en grande majorité les habitants
de la montagne et du bassin aurillacois.
Arsène Vermenouze
Poète du Cantal, il est né à Ytrac, près dAurillac,
le 26 septembre 1850. Ses parents sont Marie-Anne Mélanie Garric et
Firmin Vermenouze, alors marchand en Espagne.
" A 16 ans, Arsène Vermenouze part pour lEspagne et arrive
à Illescas où se trouve un des magasins de la société
Vermenouze Frères et Compagnie.
Lémigration auvergnate en Espagne était importante autrefois.
Il y avait des émigrants isolés exerçant des métiers
divers et pénibles, boulangers, cordonniers, étameurs, marchands
ambulants. Dautres émigrants, issus de familles aisées,
allaient en Espagne en groupe et travaillaient en commun dans des sociétés
organisées et régies par des statuts. Ainsi, dans la plus puissante,
la compagnie de Chinchon qui déjà comptait des Vermenouze, société
dhommes, il était interdit de se lier et de se marier avec des
Espagnoles. Les épouses et les enfants restaient en Auvergne où
lon retournait quelques mois après une campagne de deux ans."
Il y a eu sur Vermenouze une thèse d'Etat (2 tomes) qui est aux Archives départementales du Cantal.
De Jérome Rivalain
Un cantalou épouse une espagnole?
Jean Rigaldies, né en 1744, fils de Antoine et Marguerite Peyrou, avait
épousé en premières noces Maria Rodriguès, dont
il était veuf en 1788 lors de son remariage avec Marguerite Places
à La Ségalassière. Source : AD d'Aurillac, état
civil.
Quelques remarques de Marcel Andrieu
Les voyages en Espagne n'étaient pas sans dangers non plus, et beaucoup d'émigrés s'intègraient aux pèlerins de St Jacques, par sécurité. D'autres partaient avec un pécule sur lequel ils étaient assis pour ne pas se le faire prendre ! Je veux dire qu'ils l'investissaient dans l'achat d'une monture servant au voyage, qu'ils revendaient ensuite un bon prix aux espagnols.
Les plus belles maisons auvergnates du bassin d'Aurilac ont été construites avec l' argent des "espagnols"
Ces départs donnaient aux épouses restées au pays, un statut et un pouvoir social important, il suffit de voir les testaments laissés par les époux à chaque départ.
De Marie Bardet
L'émigration auvergnate à l'extérieur de la province était quasiment une phénomène officielle et reconnue avec lequel il fallait compter mais d'autres provinces en connaissaient aussi, donc ce n'est pas un phénomène seulement auvergnat, loin s'en faut.
Ainsi, au XVIIème siècle, dans les années 1650, un notaire de Raulhac en Carladès, Pierre Froquière, s'occupait officiellement de la traduction des actes en espagnol et était sollicité devant les tribunaux le cas échéant (Abbé POULHES, l'Ancien Raulhac, 1903).
A Aurillac, le marchand Jacques Delduc s'était spécialisé dans la traduction des contrats passés en langue espagnole dans les années 1665 (ADC E 353).
Il faut savoir que la Haute-Auvergne n'assurait pas sa substistance et que chaque année, elle devait acheter du blé en dehors notamment au moment des fameuses soudures. Donc il fallait de l'argent pour acheter le blé et payer les impots !
Voici ce qu'écrivait M. d'Albeiges, qui était intendant d'Auvergne,
au controleur général des finances,en 1692 :
"La plupart des Auvergnats qui vont en espagne sont mariés. Ils
ont femmes et enfants. Quand les garçons sont assez grands pour travailler,
le père les mène avec luy. Tous ces gens-là ont l'esprit
de retour. Ils rapportent des pièces de 4 pistoles. C'est par cette
voye qu'il en entre en Auvergne et cela sert à payer la taille. Ce
qui est à craindre, est qu'en sortant d'Espagne, on ne leur oste l'argent
qu'ils avaient en revenant, car il ne faut pas craindre que ces gens là
quittent leur pays tout à fait...".
Mais l'intendant était contre cette émigration qui privait la province de ces élements les plus vigoureux ce qui faisait par contre coup monter le prix de la main d'oeuvre (on a rien inventé de nos jours...). Alors il avait envisagé de prendre des mesures contre l'émigration habitielle mais des ordres contraires venant de Paris lui furent donné par la suite et il dut abandonner son projet.
Dans "Mémoire sur l'Etat de la généralité de Riom, en 1697 dressé pour l'insctruction du Duc de Bourgogne par l'intendant Lefevre d'ormesson" de Abel POITRINEAU (voir bibliographie) , l'intendant dit "Le surplus de l'industrie des habitans concistent au grand nombre des habitans qui en sort pour aller travailler en espagne...de l'Auvergne seul ou plutost des montagnes d'Auvergne du costé d'Aurillac, Mauriac Saint-Flour, ils allaient tous les ans en espagne 5 à 6000 travailleurs qui rapportent dans le pays par estimation sept à huict cent mil livres...". On comprend l'importance que prenait alors ces départs au loin.
A.Poitrineau estime qu' 1/5ème de la population était concerné par les flux migratoires. C'est à peine simplifier que préthende que les migrants potentiels ne constituaient qu'un cinquième, en gros, de la population totale mais le cinquième le plus efficace dans le champs de la production, formé des hommes dans la force de l'age, la partie la plus agissante du stock démographique.
Ce phénomènes saisonniers d'émigration se retrouve dans la plupart des documents concernant la haute Auvergne (actes notariés et registres paroissiaux).
Avant de partir, les hommes mariés passaient procuration en faveur de leur femmes ce qui donnait à ces dernières par contre coup une importance considérable qu'elles n'avaient pas lorsque le mari était au pays.
Cette émigration n'a été qu'en partie possible que parce que les femmes restaient au pays pour y gérer les biens des absents.
Le 25 octobre 1601, Nicolas laboria est chaudronnier, à Aurillac. Il va partir en espagne et passe procuration à sa femme chez le notaire Navarre, de Yolet : "de gré par libre volonté...pour aller au Royaume d'espaigne ou il a coustume de fréquenter...a faict et a institué...procuration générale...à Giliberte Carrier, sa femme pour gerer, négocier et administrer ...pendant et durant son absence...les negoces et affaire d'icelluy..." (ADC E 75/51).
Les futurs migrants faisaient aussi leur testament : 29 avril 1620 : testament de François carrier, du lieu d'Yolet. François carrier est célibataire. "Lequel...prethendant se absenter...pour quelques tems de la province d'Auvergne pour s'en aller au roiaume d'espaigne afin de gaignier sa vie...et craignant...le voiage...a fait son testament". Il lègue en tout plus de 300 livres à son père et ses frères et soeurs. C'est beaucoup, c'est environ ce qu'il fallait avoir au XVIIè siècle pour vivre pendant une année.
Jean bancarel, du village de Boudieu, de Yolet, fait de meme. Testament du 14 avril 1641 : "...prethendans s'absenter quelques tems du pays et Royaume de France et aller au roiaume d'Espanhe pour gaigner sa vie et craignant deceder pendant un voiage..." Il laisse à ses frères et soeurs une centaine de livres.
Jean Courbebaissse, teste en 1645 et sa succession s'élève à 450 livres.
On voit d'ailleurs un certain enrichissement d'"un voyage à l'autre : François carrier : 1er voyage en espagne en 1616 : testament d"une valeur de 40 livres environ. 2ème voyage en 1620 : la valeur est de plus de 300 livres...Il y a d'autres exemples significatifs.
On trouve également trace de l'émigration dans les registres paroissiaux : A Cros de montamat (aujourd'hui Cros de ronesque) : 7 avril 1664 : Louis Lafon décéde en revenant d'espagne "surpris d'un torrant neige...". Dans la même paroisse : Le parrain de catherine Terry est Gabriel Lardou qui doit cependant se faire représenter car : "qui est a presant au royaume d'espaigne". idem en 1659 pour Pierre Terrisse.
Mais on pouvait aussi mourir en Espagne...
Dans la meme paroisse de Cros de montamat :
le 13 octobre 1750, mariage de Raymond froquières d'escoubiac et de
gabrielle rentière. Cette dernière est veuve de Jean Antoine
Combier, décédé : "A Syville en Espagne, le lundi
28 juillet 1749, et fut enterré au sanctuaire de l'église paroissiale
de Syville comme il m'a été certifié par Lorens de Andrare,
notaire public..." notaire de Séville.
A Labrousse, toujours en Carladès : Décès le 31 octobre 1761 de Baptiste Courbebaisse, 30 ans, "le dit baptiste Courbebaisse marié quand il vivoit à Madrid, ville d'Espagne"...enseveli le lendemain."
Du role des femmes ...
"Les femmes retrouvaient une autonomie certaine lors que les maris étaient morts ou hors de la province. Ainsi au XVIIème siècle, avec la précarité de la vie, les hommes qui avaient quelques biens dans leur testaments, faisaient élection d'héritier avec un fideicommis. C'est à dire qu'il nommait leur femme héritière de leurs biens avec mission de remettre ensuite lesdits biens entre les mains d'un de leurs enfants une fois ce dernier majeur ou sur le point de ce marier. C'est à dire que la femme devenait chef de famille, pouvait passer des actes devant notaire pour vendre, acheter emprunter etc ... (ttes choses qu'elle ne pouvait faire qd son mari était présent ou alors pour ses biens propres toujours avec sa permission). Puis une fois le fils majeur ou la fille majeurs ou pour leur mariage, elle leur retrocédait les biens du mari avec en prime les siens. cette habitude très repérable dans les testaments du XVIè , XVIIé et début XVIIIè a été ensuite à la fin du XVIIIè interdit par un édit parce qu'elle était de nature à perturber la suite logique des héritages puisque pour 2 générations, l'héritage avait déjà un destinataire en bout de chaine. Or les testaments en haute auvergne de droit écrit, c'étaient justement fait pour élire en toute liberté un héritier universel à partir du moment où les enfants avaient leur part appelé "légitime" qu'on ne pouvait pas leur enlever. Pour le départ des migrants, c'est un peu la même chose. Dans l'exemple que je donne, l'exemple laborie, on trouve ensuite des actes pris par sa femme. Je ne dis pas que tt le monde faisait comme ça, non, parce qu'il fallait au moins que la femme soit assez intelligente pour gérer les biens au pays et ça, le mari en partance savait bien si sa femme était capable ou non, et puis il fallait aussi prendre en compte certaines dispositions particulières qui pouvaient pousser le mari a ne pas compter sur sa femme (héritage, importance prise par un frère, omniprésence du père qui n'avait pas encore fait son testament et avec lequel il fallait compter etc...etc..)., mais je dis que cette possibilité assez étonnante lui était offerte dans une société qui la mettait en tutelle dès qu'elle se mariait."
De Marie Bardet
Pour quelle raison l'Espagne accueillait-elle autant d'immigrés ?
Ci-dessous copie d'une page d'un site d'une élève de l'ENS,
Emilia ROBIN
Elle avait un site qu'elle a supprimé et dont j'ai trouvé trace
ici
http://web.archive.org/web/20061212062827/www.eleves.ens.fr/home/robin/histoire/index.html
Ce cours m'a semblé intéressant pour comprendre peut-être une des raisons à l'émigration des cantalous ves l'Espagne.
"Fierté espagnole et hantise de la décadence
Le règne de Philippe II commence par la banqueroute de 1557; l'État monarchique est incapable de rembourser ses dettes. La victoire de Saint-Quentin n'a pu être exploitée, faute de moyens pour financer l'énorme armée des Habsbourgs. en 1558, Luis Ortega écrit un mémorial sur les difficultés financières de la monarchie ( Memorial para que no salga dinero del Reino) : c'est le premier ouvrage arbitriste.
L'insurrection des Morisques du royaume de Grenade, le désastre de l'Invincible Armada (1588), la banqueroute de 1596, la création de l'impôt des «millions» en 1599, les épidémies de peste qui ravagent la péninsule et précipitent le déclin de la Vieille Castille sont les premiers signes de l'ébranlement de l'hégémonie espagnole. Ces vicissitudes s'accompagnent d'une vague massive de publications arbitristes.
La littérature arbitriste correspond aussi aux années 1620, au début du règne de Philippe IV, avec la fin de la Trêve de Douze Ans avec les Pays-Bas : le choix entre la paix et la guerre contraint surtout à réfléchir sur la force réelle de l'Espagne, au regard de ses engagements européens. La réflexion sur la décadence occupe en effet d'emblée un double versant, philosophique (réflexion éthique fonciérement pessimiste) et économique (arbitrisme).
L'arbitrisme est une pensée politique pratique, qui veut d'abord proposer des solutions. C'est aussi une pensée politique engagée, l'expression d'un profond mouvement civique. C'est enfin un sursaut patriotique, castillan et espagnol : les arbitristes sont des Castillans qui refusent la fatalité du destin; mais au delà de la Castille, c'est l'Espagne, la famille des peuples réunis par les Rois Catholiques, qu'ils veulent préserver du déclin et maintenir debout.
Un arbitriste est un auteur politique proposant au pouvoir des projets de réforme ( arbitrios), essentiellement économiques et sociales. On fait en général débuter le phénomène avec le Mémorial adressé à Philippe II par Luis Ortiz. L'âge d'or des arbitristes correspond aux règnes de Philippe III et Philippe IV (1598-1665), durant lesquels on publia au moins 165 traités de réforme. Les auteurs les plus intéressants furent Martín González de Cellonigo, Pedro de Valencia, Sancho de Moncada...
A) La production des richesses
1) Le problème fiscal
Le point de départ de cette réflexion est le désastre financier, malgré l'arrivée de métaux précieux en Espagne. La détresse financière de la monarchie apparaît la conséquence d'une organisation déficiente de la fiscalité :
une répartition inégale, qui fait supporter toute la charge par la Castille et ménage les royaumes aragonais. De même, à l'intérieur de chaque État, l'impôt frappe inégalement les catégories socio-professionnelles, les régions et localités, les sujets de même condition et du même lieu.un circuit trop long d'intermédiaires parasites entre le Trésor royal et le contribuable, avec les exactions frauduleuses des magistrats municipaux, des fermiers de la Real Hacienda.
l'élévation de la charge fiscale atteint le point de rupture du rendement décroissant; toute charge supplémentaire réduit la capacité contributive de sujets découragés et démotivés, qui renoncent à entreprendre, réduisent leur activité productive à la stricte subsistance.
Des remèdes sont aussi proposés :
réduire les coûts de fonctionnement de l'organisation fiscale. Le plus sûr moyen paraît être la substitution de l'affermage par une régie directe la plus proche possible des contribuables.rechercher l'égalité civique devant l'impôt, sans ménagement pour les privilèges territoriaux, corporatifs ou personnels (participation des royaumes de la couronne d'Aragon, restriction des effectifs du clergé, lutte contre l'évasion fiscale parée des apparences de la vocation religieuse).
réduire le nombre des impôts, facteur important du coût de l'administration fiscale; s'orienter vers une contribution unique, levée sur les patrimoines productifs (comme une dîme royale sur les récoltes) et sur les revenus (capitation tarifée par catégorie socio-professionnelle).
réviser régulièrement la répartition du fardeau fiscal, suivant la situation démographique et économique des pays et localités. Il faut donc maintenir la pratique des recensements périodiques, mener des enquêtes sur le dépeuplement, ses causes, les possibilités de repeuplement des zones rurales abandonnées. Cette information statistique régulière permettra de moduler des dégrèvements fiscaux en faveur des villes ou des campagnes éprouvées; la suspension temporaire des levées de troupes, du logement des gens de guerre, compléterait ces dispositions.
La conviction fondamentale qui anime l'arbitrisme fiscal, de Luis de Ortiz à Francisco Martínez de la Mata, est que seule l'économie prospère d'un peuple industrieux peut assurer l'aisance des finances royales.
La pensée économique est souvent qualifiée d'anti-capitaliste. Il est vrai qu'elle dénie toute utilité sociale aux activités spéculatives fondées sur le maniement de l'argent. Placer dans le travail l'origine de la richesse conduit à déprécier les services financiers. De ce point de vue, les arbitristes acceptent volontiers le capitalisme des entrepreneurs, industriels ou agriculteurs; ils refusent le capitalisme des banquiers et des rentiers. C'est pourquoi ils condamnent le crédit public des juros émis par l'État, comme le crédit privé des censos, prêts hypothécaires consentis aux artisans et aux agriculteurs. Ce point de vue s'explique par la situation qui existe alors :les finances royales drainent la majeure partie de l'épargne disponible; la ponction du crédit public prive les entreprises productives des capitaux nécessaires.
l'investissement foncier est entravé par la mainmorte, sous les trois modalités juridiques qu'elle revêt (propriété ecclésiastique, majorat des particuliers laïcs, biens communaux et municipaux). La mobilité socio-économique se heurte à l'étroitesse du marché foncier. Ne pouvant se déployer par transfert de la propriété des terres, elle s'effectue par captation de la rente foncière. Les fermiers des dîmes ou des seigneuries, les marchands de grains, les rentiers des censos étouffent dans l'oeuf la solide classe d'entrepreneurs agricoles dont l'Espagne a besoin.
2) La question monétaire
Il n'est pas question pour autant de négliger la question monétaire. L'émission de la monnaie de billon est réprouvée, non parce qu'elle est une monnaie faible, mais parce que sa parité légale, supérieure à sa parité réelle, en fait une monnaie falsifiée. Conserver les métaux précieux revient à maintenir le handicap de prix et de salaires élevés dont souffre l'industrie espagnole vis-à-vis de ses partenaires européens. Conscients de cette conséquence, les arbitristes n'envisagent pas d'autre issue que le protectionnisme à outrance. Celui-ci dicte les options communes aux programmes mercantilistes qui s'élaborent dans tous les États européens à la charnière des XVIe et XVIIe siècles :
entraver les exportations de matières premières, telle la laine, encourager leur élaboration par l'industrie nationale, afin de conserver la valeur ajoutée par la manufacture et les emplois industriels.réduire ou prohiber l'importation d'articles manufacturés étrangers, et encourager leur production par l'industrie nationale. Cette préoccupation s'applique particulièrement aux productions luxueuses acquises par les classes dirigeantes.
La situation particulière de l'Espagne invite à demander l'éviction des négociants et banquiers étrangers, en particulier des Génois, et à souhaiter le développement d'un puissant secteur bancaire espagnol.3) L'agriculture
Les maux de l'agriculture espagnole sont pour une part les conséquences normales, et somme toute peu inquiétantes à long terme, des épreuves démographiques du temps : pestes, expulsion des Morisques, moindre dynamisme démographique d'une Vieille Castille parvenue à l'apogée des densités humaines autorisées par les conditions naturelles et les capacités des forces productives. Une telle situation entraîne l'abandon de la culture permanente des terres les plus ingrates, ou les plus écartées de l'habitat; elle peut entraîner une extensification partielle de la mise en valeur des terroirs : substitution de l'élevage à la culture, du défrichement intermittent à l'assolement régulier, par exemple.
On ne peut enrayer le déclin de l'agriculture par de simples améliorations agronomiques, mais l' amélioration de sa productivité est une condition de sa restauration (utilisation de chevaux à la place des chevaux comme bêtes de trait, en particulier pour les labours); la relève des paysans morisques expulsés doit prendre le plus grand soin des réseaux d'irrigation, qu'il faut non seulement conserver mais aussi étendre; on se préoccupe aussi d'intensification des cultures par l'extension des vergers au détriment de la vigne, et aussi du reboisement.Par la diversification des ressources, l'agriculture mixte atténue les conséquences des vicissitudes conjoncturelles qui accablent la paysannerie. La précarité décourageante de sa condition peut être sensiblement réduite par quelques dispositions législatives (inssaisissabilité des instruments de travail, etc). Ces revendications donnent à la continuité de l'entreprise agricole la primauté sur les intérêts particuliers des créanciers. Le même point de vue inspire les considérations sur la propriété foncière et l'acdès à la terre des paysans.
Le devoir imparti aux possédants de mettre en valeur leur patrimoine productif, la capacité du souverain à règlementer les régimes fonciers en vue d'assurer la prospérité agricole du royaume sont des exigences communément reçues par les penseurs politiques du XVIIe siècle. L'État monarchique peut contraindre les propriétaires fonciers à faire cultiver leurs terres; les municipalités seraient en droit de prendre en charge les terres négligées par leurs maîtres et d'organiser leur mise en valeur au profit de la communauté et des habitants.
Il importe de renoncer pour l'avenir à toute aliénation du patrimoine régalien, et à long terme il est très souhaitable de réincorporer à la Couronne la majeure partie possible des terres aliénées.
La question agraire ne se limite pas à l'agronomie et au régime foncier. Le travail de la terre doit être rémunérateur; il doit assurer à l'exploitant un produit net qui lui permette de vivre. Sur le plan économique, cet objectif se relie à la question des prix. La réduction des coûts de transport leur paraît un moyen plus sûr d'abaisser les prix des céréales que la taxation autoritaire par la fameuse tasa real. Afin d'inciter le paysan à ne pas augmenter les prix, il faut le libérer de la tasa real, qui doit frapper les bénéficiaires de la rente du sol (propriétaires, seigneurs, clergé), les intermédiaires parasites qui allongent les circuits de commercialisation (marchands, fermiers des dîmes, spéculateurs) mais épargner l'exploitation.
La sollicitude envers l'agriculture ne fait pas négliger l'industrie; elle conduit rarement à l'agrarisme anti-urbain.
B) Culture et société
1) Les préoccupations démographiques
Le mot d'ordre est «repeuplement». il dicte un programme :
restreindre l'émigration, même à destination de l'Amérique, afin de conserver le potentiel démographique de la péninsule ibérique.favoriser l'immigration en Espagne de populations catholiques et laborieuses : les agriculteurs et les artisans sont les bienvenus, mais pas les financiers étrangers, qu'il faudrait plutôt expulser.
combattre le célibat des laïcs par la réduction autoritaire des dots de mariage et par la limitation des majorats. Il faut aussi favoriser le mariage et l'établissement des orphelines. Le célibat ecclésiastique n'est pas contestable, mais une règlementation sévère de l'accès aux ordres, des voeux d'entrée en religion, doit le rendre compatible avec le dynamisme démographique.
Le manque de bras est en effet une des causes de la langueur de l'agriculture et des manufactures, car il entraîne un enchérissement de la main-d'oeuvre, qui place l'industrie nationale dans une position difficile face à la concurrence étrangère.
Plus profondément, l'Espagne souffre d'une mentalité nobiliaire qui dévalorise à l'excès le travail. La condamnation de l'oisiveté, qu'il convient d'extirper par les moyens les plus rigoureux, s'applique au loisir des hommes de condition supérieure autant qu'à la plèbe désoeuvrée des villes et des campagnes. Le statut aristocratique de l' otium ne trouve plus grâce aux yeux des arbitristes : il se confond avec le parasitisme et la paresse.2) Réhabiliter le travail
L'idée centrale est que le travail est la source de toute richesse. Avec la hantise du dépeuplement va l'idée que la vraie richesse ce sont les hommes. Il s'agit de rendre honorable la condition de travailleur, anoblir par le travail. L'accès aux charges et offices de la monarchie doit être largement ouvert aux marchands, aux maîtres des métiers, aux banquiers même, pourvu qu'ils soient nationaux.
Les fonctions d' alcalde et de regidor, les magistratures municipales, devraient revenir de préférence à des propriétaires qui résident sur leurs terres et en dirigent l'exploitation. De façon générale, la paysannerie devrait avoir comme les métiers urbains une participation statutaire au gouvernement municipal. Souhaitant faire de l'élite paysanne une noblesse de cloche, à l'exemple des familles patriciennes urbaines, plusieurs arbitristes proposent de concéder le droit d'armoiries aux familles de laboureurs après quelques générations.Il s'agit de mettre le sentiment de l'honneur, actuellement perverti et stérilisant, au service d'une émulation industrieuse et civique, qui concoure à la puissance économique de la Nation, comme à la puissance politique de l'État. Ce programme implique une restauration de la noblesse sur les principes de l'utilité sociale et du service de l'État.
3) Le rôle de la noblesse
La noblesse ne doit pas seulement servir le roi; elle doit encore elle doit encore remplir sa mission de guide du peuple sur la voie du progrès technique, d'une bonne gestion, d'une mise en valeur fructueuse des ressources du pays. C'est pourquoi en délaissant la cour et la ville, elle doit résider sur ses terres, diriger l'activité de ses fermiers et métayers, participer à la vie publique locale, donner au peuple l'exemple de l'industrie et du civisme.
L'obsession de la pureté de sang accentue la stérilisation des valeurs nobiliaires, détournées du service de la communauté par l'oisiveté rentière. De plus, la réunion des preuves de pureté de sang est coûteuse, les témoignages favorables qu'elles requièrent ne sont assurés qu'aux familles d'un rang inattaquable. Contrairement à l'objectif initial qui était de fournir une voie d'accès aux emplois éminents pour des jeunes gens d'origine modeste mais d'un grand mérite, les ordres militaires et les meilleurs collèges sont réservés en fait aux nobles. L'Inquisition elle-même expulse les artisans et les marchands des rangs de ses familiers.La plupart des traités contemporains déplorent la perversion de l'idéal vieux-chrétien qui écarte du commandement des armées du roi et des hautes charges civiles de la monarchie des serviteurs dévoués et compétents, trop pauvres pour payer la procédure de réunion de leurs «preuves», ou trop sûrs de ne pas les obtenir. Nul n'exige l'abolition des statuts de pureté de sang, mais il semble que l'attestation de l'ascendance «vieille-chrétienne», une fois établie, devrait avoir valeur probatoire pour les descendants du lignage; et que la noblesse, l'exercice de professions honorables, le service de l'État devraient en dispenser après quelques générations.
Les armes sont à priori le terrain où se manifestent les vertus nobiliaires : les arbitristes sont d'autant plus choqués par la désaffection de la noblesse envers la carrière militaire. L'association des vertus chrétiennes et nobiliaires au service de la vraie religion, que la monarchie hispanique assure dans l'Europe contemporaine, exige une restauration de la vocation combattante des ordres religieux et militaires.
On dit souvent que l'idéal socio-culturel des arbitristes exprime dans l'Espagne du Siècle d'Or la frustration d'une bourgeoisie avortée. La primauté donnée à la production des biens et au travail plaide en faveur de cette thèse. Cependant cette mystique du travail ne conteste pas l'hégémonie sociale de la noblesse; elle prétend seulement la réformer, sur le principe de la noblesse du travail. Il est par ailleurs remarquable que cette frustration bourgeoise se place dans les perspectives traditionnalistes d'une économie agraire et d'une société rurale. La primauté généralement reconnue à l'agriculture dans la vie économique de l'État fait des arbitristes les précurseurs directs des physiocrates français du XVIIIe siècle.
C) Les arbitristes et l'État
1) La réforme du pouvoir
Un programme aussi ambitieux exige un État capable de conduire la politique économique, sociale et culturelle qu'il met en oeuvre; il implique la réforme de l'État. Le souverain doit donner l'exemple en réduisant les dépenses de la maison du roi : le Conseil de Castille constate en 1619 qu'elles ont doublé sous le règne de Philippe III. De même, la législation et les procédures doivent être simplifiées.
Il ne s'agit pas de diminuer l'État, mais au contraire de le restaurer, de faire cesser le parasitisme, le pillage dont il est la victime. Le processus de vente des offices, même inférieurs et ne comportant pas juridiction, doit être enrayé car il entraîne la privatisation à terme de l'autorité publique (hérédité des offices). La sûreté de l'État requiert la réincorporation à la Couronne des patrimoines, des recettes fiscales, des juridictions et droits régaliens aliénés, le plus souvent au bénéfice de l'aristocratie.Un État assaini et vigoureux pourra promouvoir le développement économique qui fondera sa puissance et affermir les institutions d'une société qui s'est ressaisie.
2) La dimension internationale de l'Espagne
La question est aussi de savoir si les aspirations des arbitristes étaient compatibles avec l'idéal officiel de l'État hispanique. C'est le jésuite Ribadeneyra qui en a sans doute donné l'expression la plus achevée. Refusant la désacralisation de la politique, il veut nier la raison d'État des machiavélistes; il souligne le magistère moral supérieur de la religion sur les finalités politiques. Le dessein providentiel de Dieu pour l'humanité conduit un destin temporel dont ne peuvent rendre compte la seule raison, le droit des gens et les lois positives. Une telle conception ne laisse pas de place au pluralisme religieux : elle place au contraire dans l'unité religieuse des citoyens le fondement de la puissance de l'État : un roi, une foi, une loi.
Les implications de cette doctrine sur les rapports internationaux ont été dégagés par un autre jésuite, Francisco Suárez. Si le pape et l'empereur sont chacun dans leur sphère, spirituelle ou temporelle, souverains de la chrétienté universelle, le premier exerce, en raison de la primauté des fins spirituelles, une autorité indirecte, normative et non prescriptive sur le gouvernement temporel des peuples chrétiens; le second dispose aussi d'une autorité indirecte, mais limitée au gouvernement temporel des États de la chrétienté, en vue de la défense de la religion. La défense de la foi a été le rôle du Saint-Empire, mais les circonstances historiques ont fait de l'Espagne le bras temporel de la chrétienté romaine.La suffisance aveugle et l'arrogance blessante, qui aux yeux des puissances rivales caractérisent l'Espagne du XVIIe siècle, se fondent sur la conviction d'être le peuple élu de la Nouvelle Alliance. Il existe en Castille un puissant courant pacifiste, qui s'exprime avec vigueur aux Cortès tout au long du règne de Philippe II. Nombre d'arbitristes partagent ces aspirations. Qu'ils soient ou non réformateurs, les pacifistes constatent que la division de la chrétienté est irréversible. La monarchie espagnole doit préserver l'unité catholique de ses États; elle n'a pas la charge de la restaurer chez ses voisins.
Si beaucoup de penseurs estiment que la mission impériale de l'Espagne, au service de la catholicité romaine, est incompatible avec son redressement intérieur, aucun sans doute ne juge la réforme nécessaire inconciliable avec les finalités religieuses de l'État. Il paraît aujourd'hui que les finalités défendues par les arbitristes impliqueraient à terme la désacralisation de la politique.
3) L'échec des arbitristes
Entre 1620 et 1625, les arbitristes castillans ont pu croire leur heure venue. Sur le fond, Olivares est convaincu de la justesse de leurs vues. Le programme des mesures que Philippe IV soumet à la Grande Junte de réforme de 1623 autorise tous les espoirs. Mais si chacun applaudit à la réduction du nombre des officiers de l'État, personne n'est disposé à affaiblir sa clientèle locale par une réduction des emplois municipaux; tout le monde souhaite des caisses de dépôt et des monts-de-piété, à condition qu'ils soient financés par la Couronne et qu'ils ne lèsent pas les rentiers des censos.
Enfin ni les lettrés des conseils, issus des grands collèges, ne souhaitent la promotion massive de jeunes gens méritants de plus humble extraction, ni l'aristocratie ne souhaite une restauration des biens communaux en faveur des paysans sans terre. Un dernier motif de malentendu mérite d'être signalé :le réveil national que les arbitristes entendent susciter implique une mobilisation civique, susceptible de rendre aux Cortès de Castille un rôle politique; le roi et Olivares entendent cantonner les auteurs de mémoires et les procureurs des Cortès dans le rôle subalterne de relais de l'État auprès de simples sujets.Dans les annnées 1620 cependant (tout comme en France), il faut choisir entre une politique extérieure de prestige, et la réforme intérieure. Richelieu et Olivarès choisissent l'engagement à l'extérieur. L'arbitrisme prend peu à peu une connotation péjorative : dans les années 1630, le message n'est pas passé. Certains auteurs exagèrent ( cf. Cervantes, Nouvelles exemplaires, «Le colloque des chiens», ou encore Quevedo, La Hora de todos, où le Danemark est le pays des arbitristes).
Cependant, l'arbitrisme représente aussi la naissance de l'économie politique, qui ressurgit sous Charles II (1665-1700) et les Bourbons. "
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