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Aurillac, Tessières, Montsalvy
Du Rouergue vers le Languedoc (disette de 1693-1694)

Les deux années 1693 et 1694 ont été marquées par une terrible disette, provoquée par de mauvaises conditions climatiques. Le phénomène a eu lieu dans une très vaste région. Les personnes âgées, les enfants, et les femmes enceintes étaient les plus atteints. Les gens partaient sur les routes à la recherche de nourriture.

Au cours de dix années précédentes (1670 à 1690), on avait, en moyenne, chaque année à Cassaniouze: 33 baptêmes, 9 mariages, 20 sépultures.
La période de famine a donc provoqué
une baisse des baptêmes de près de 27 % en 1692 et 1693
une baisse des mariages de 33 % en 1692 et 1693
une hausse des sépultures de 1140 % en 1692 !!! et de près de
45% en 1693.
Cassaniouze présente une particularité.
Alors que les historiens considèrent généralement que 1694
a été pire que 1693, c'est très nettement l'inverse à
Cassaniouze.
Le curé de cette période n'est pas un bavard. On note seulement deux modifications de ses habitudes :
Encore une chose. Avant 1694, les curés de Cassaniouze précisent très rarement l'âge au décès. Cela ne permet donc pas de voir quelles ont été les classes d'âge les plus touchées. Il semble aussi que l'habitude de l'époque était de ne pas enregistrer les sépultures des enfants en bas-âge. Il est donc vraisemblable que le nombre de décès en 1693 et 1994 a été nettement plus élevé que ce qui est indiqué plus haut.
Texte de Jacques Robert (novembre 2002)

"De Cette misère et de ce sous-développement portent témoignage
indirect, en Languedoc, les archives d'hôpitaux et les registres des paroisses
qui voient descendre, mourir ou végéter les "gueux"
du Rouergue. Ils étaient partis vers le sud dans l'espoir qui n'était
pas toujours vain, d'améliorer leur situation. Soit par exemple le temps
de la grande Crise louis quatorzienne, en 1694-1695, Chaque jour des errants
échouent dans les hospices du bas Languedoc.
Ils y passent quelques heures ou quelques jours les administrateurs notent leurs
noms et leurs origines sur des registres. 0r les statistiques qu 'on peut tirer
de ces dossiers ne laissent aucun doute. C'est bien l'énorme misère
montagnarde et toute la gueuserie du Massif central, celle du Rouergue au premier
chef, qui descend ainsi vers les plaines méditerranéennes . En
tête, les trois diocèses souffrants, Rodez qui donne 24 % des errants,
Mandes qui donne 12 % des errants Saint-Flour 8% Autrement dit, le Rouergue
bon premier et de loin; et puis le Gévaudan, et le Cantal, les trois
grands foyers de l'émigration méridionale jettent sur les routes
une foule de paysans sans terre, et de journaliers ruraux ; ils sont déracinés
de leurs villages, et dénués de toute qualification professionnelle
autre qu'agricole. Parmi eux pourtant, figurent les éléments d'un
artisanat et d'un prolétariat, formés à partir des couches
pauvres de la population du Rouergue. Ces artisans ou demi-artisans peuvent
être garçons chirurgiens, porteurs de chaise, tisserands. Les tisserands
Rouergats, jusqu'à la révolution, s'infiltrent en grand nombre
dans la population de Lodève, ville industrielle de l'Hérault
, dans laquelle ils formeront le tiers des effectifs des immigrants du textile.
De Ces Rouergats, montagnards errants, qui le ventre creux se hâtent vers
les villages du sud, combien n'atteignent pas le but, et meurent, en route,
de faim, de froid ou de maladie.
Enfants de neuf ans, douze ans, quatorze ans ; vieillards fatigués, rachitiques,
de petite stature, descendus de l'Aveyron, du Causse; ils décèdent
de faim dans les paroisses limitrophes de la montagne, à quelques lieues
de la terre promise.
En 1694, l'année de la famine, les gueux du Rouergue et du Causse de
Sauveterre prennent la clef des champs; ils descendent on foule vers la plaine
du Languedoc; cette mortalité d'exode est impressionnante. Dans un village
héraultais, sis entre plaine et montagne, où l'on compte on année
commune quarante-cinq décès par an (soixante-dix et quatre-vingt
en 1693 et I694),je trouve entre janvier 1693 et août 1694 vingt-cinq
décès de pauvres passants venus pour la plupart du Rouergue, du
Gévaudan, de la montagne d'Aubrac, de ces villages maudits qui s'appellent
Gabrias, Lastènes, Gillorgues. Presque tous ont moins de vingt ans, ou
plus de cinquante ans : décédé un petit garçon nommé
Amans, 8 ans, originaire de la paroisse de Gillorgues, diocèse de Rodez
(13 août 1694)... Un petit garçon, nommé Jean, âgé
d'environ 13 ans, ne sachant d'ou il était (18 mai 1694)Beaucoup d'enfants
Rouergats de 10 ou 12 ans vagabondent seuls en Languedoc et meurent abandonnés
de tous, balbutiants leur prénom. Des familles entières périssent
en chemin."

Extrait de : Les "grands hyvers" 1693-1694 et 1709/1710, par Thierry Sabot, paru dans la revue Histoire et Généalogie. Les trois fléaux qui affligent la France en 1694
"Il est à remarquer à la postérité et on pourra faire sçavoir à ceux qui ne sont pas encore naiz que l'année présente 1694 a esté une des plus rigoureuses années qui aye peut estre jamais esté. La France affligée des trois flaux :
1. Grand guerre despuis six ans estant obligée de se deffendre contre l'Angleterre, l'Ollande, l'Espaigne, l'Empire, l'Allemagne et tous les princes et électeurs de ce pays là, et enfin le duc de Savoy assisté d'une grande quantité de calvinistes chassez de France, dans laquelle guerre s'est répandu une abondance de sang incroyable tant de la part de nos ennemis que des nostres.
2. Famine. Le plus commun prix du bled a esté de sept livres le bichet, les autres grains à proportion et quatre solz la livre de pain, et encore n'en trouvait-on point, vivant de laictage, d'herbe, d'horties, de troncs de choux, ou bien l'on mangeait quelque pain de coquille de noix, de geyne ou crape de raisin mais le plus commun estoit le pain de faugeire qui rendait les personnes toutes jaunes et si faibles que la plus part des gens ne pouvoient ny travailler ny se tenir sur leurs jambes. Nous nous voyions venir des processions de pauvres qui crioient miséricorde, et si on leur donnoit quelque mourceau de pain il les prenoient avec une avidité incroyable, se mettant à genoux et joignant les mains avecque autant de remerciement que si on leurs avoit donné un royaume. La quarte d'huyle se vendoit jusqu'à dix ou douze livres, le vin s'est vendu despuis quatre ou cinq ans vingt, vingt cinq et jusqu'à quarante solz la quarte et le plus commun prix de ceste année a esté en vendange de dix ou douze escus le poinson. Outre ce le peuple accablé de subsides. On n'entendait parler que de voleries.
3. Grande mortalité. En bien des endroits de la France, il est mort le tiers du peuple et en d'autres la moytié, les pauvres mourans de faim ou pour avoir longtemps demeurez sans pain ou pour avoir mangé de ces meschants pains, les riches mouroyent aussy bien que les pauvres d'une fièvre maligne et pourprée et quelques uns mais peu de charbon. On trouvoit quantité de pauvres morts dans les chemins, sans secours, qui marchoient jusqu'à ce qu'ils tomboient et la plus part sans sacrements, les curez n'estant pas advertis. Le Bon Dieu nous proeserve de semblables calamités par sa miséricorde. Ainsi soit-il"
(Registre paroissial de Rocherfort, A.D. du Rhône). Notes : Il s'agit de Rochefort près d'Amplepuis. La Grande Guerre est celle dite de la Ligue d'Augsbourg (1689-1697): l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne, la Suède et quelques principautés allemandes s'opposent à la politique agressive de Louis XIV. La révocation de l'Edit de Nantes rallie les protestants à la Ligue.
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